Le 13 juin, en coopération avec la Commission de consolidation de la paix de l’Organisation des Nations Unies, l’UIP a organisé une réunion-débat à New York sur les parlements, la consolidation de la paix et la réconciliation. Mme Frene Ginwala, ancienne présidente du Parlement sud-africain, la sénatrice Rosario Green, présidente de la Commission des affaires étrangères du Sénat mexicain, et le sénateur Sylvestre Ntibantunganya, ancien président du Burundi, se sont joints au président de la Commission, M. Yukio Takasu (Japon) et à d’autres membres du corps diplomatique aux Nations Unies pour participer à un échange de vues intense et fructueux.
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La discussion a porté sur les grands problèmes rencontrés par les nouveaux parlements des pays sortant d’un conflit et les conséquences de ces problèmes sur le processus de consolidation de la paix et de réconciliation dans les différents pays. La résolution des conflits est un processus de longue haleine dans le cadre duquel de nombreuses questions, comme l’amnistie, le nouveau système électoral, le contrôle civil du secteur de la sécurité ou la représentation des groupes vulnérables ou minoritaires au Parlement, sont renvoyées à l’organe législatif pour qu’il les examine et se prononce sur la suite à donner. Malheureusement, l’institution parlementaire n’est pas toujours équipée pour s’acquitter des mandats qui lui sont confiés.
Dans de nombreuses régions du monde, les racines des conflits sont tout à la fois d’ordre politique, économique et social. Il est essentiel que les partis politiques soient rapidement renforcés et démocratisés de l’intérieur. Les parlements doivent établir des règles claires sur le financement des partis politiques afin d’éviter, par exemple, que l’argent de la drogue et d’autres formes de criminalité organisée ne polluent la politique et les processus de gouvernance.
Afin de rétablir un système politique sain et propre, il faudra peut-être financer les partis politiques et les campagnes électorales par des fonds publics plutôt que par des contributions privées non transparentes. L’intégrité des parlementaires eux-mêmes est très importante, tout comme la nécessité d’encourager la participation et l’engagement actifs des jeunes dans le processus politique. Enfin et surtout, la nécessaire indépendance des médias ne doit pas être sous-estimée car ils sont un outil essentiel pour que soit relayé, sans distorsion, le message des responsables politiques et des parlements auprès du public.
La réunion-débat a, en particulier, porté sur la situation au Burundi, pays qui bénéficie, parmi d’autres, du travail de la Commission de consolidation de la paix. Les accords de paix d’Arusha signés en août 2000 ont ouvert une période de transition qui est toujours marquée par des tensions. L’Assemblée nationale a néanmoins cherché à jouer un rôle constructif. Des réformes ont été faites, comme la réforme du secteur de la défense, et plusieurs innovations ont été apportées à l’institution parlementaire elle-même. A titre d’exemple, le Sénat du Burundi est composé d’un nombre égal de Hutus et de Tutsis, ainsi que de représentants de minorités et d’anciens chefs d’Etat. En vertu de la Constitution, 30 % des membres de la Chambre basse sont des femmes.
Aujourd’hui, le Burundi est toujours aux prises à de nombreux problèmes. Le processus de paix n’est pas achevé et la phase de justice de transition a accumulé les retards. Il y a absence de dialogue et de coopération entre partis politiques, ce qui a des répercussions négatives sur le fonctionnement des institutions étatiques. Les partis politiques eux-mêmes se désagrègent et certaines dispositions constitutionnelles entravent le fonctionnement du Parlement. Les dissensions tribales, aggravées par l’accroissement de la pauvreté, menacent à nouveau de faire échouer le processus de paix.
Pour l’avenir, le Parlement du Burundi est confronté à deux grandes difficultés: premièrement, agir et élaborer un organisme de régulation pour assurer la justice de transition et, deuxièmement, préparer la tenue d’élections pacifiques en 2010. Le sénateur Ntibantunganya a conclu son intervention en soulignant à quel point il importe que la communauté internationale apporte une assistance au Parlement du Burundi, institution clé de la gouvernance démocratique. Il est, en outre, particulièrement important d’aider les partis politiques au moment où ils entament les préparatifs des prochaines élections.
Soulignant l’intérêt des enseignements et des bonnes pratiques tirés de leurs propres expériences, tous les intervenants ont exprimé l’espoir que la discussion - et celles qui suivront - viendront également conforter le travail et l’appui du système des Nations Unies. Les institutions parlementaires des pays sortant d’un conflit ont, en particulier, besoin d’une plus grande compréhension et d’un soutien plus structuré de la part de la communauté internationale. L’UIP est résolue à apporter son aide aux parlements de ces pays et est déjà active sur le terrain, au Burundi et en Sierra Leone. L’UIP a également élaboré d’autres programmes, notamment en République démocratique du Congo, qui ont été soumis à l’examen de l’Organisation des Nations Unies, et elle lance actuellement un grand projet sur les questions de réconciliation qui concerne neuf parlements d’Afrique.