En-tête du e-Bulletin de l'UIP No.4, le 30 septembre 2006   

eBULLETIN --> NUMERO 4 --> ARTICLE 6   

INTERVIEW AVEC LE PRESIDENT DE L'UIP
M. PIER FERDINANDO CASINI

Question. M. le Président, vous et le Secrétaire général de l'UIP avez visité récemment Amman et Beyrouth. Quel ont été les temps forts de ce voyage ?

Président Casini
M. Pier Ferdinando Casini. Nous étions à Amman le 11 septembre, pour l'inauguration de l'Assemblée parlementaire de la Méditerranée (APM). La création de cette nouvelle Assemblée est l'expression de la conviction partagée autour de la Méditerranée que le dialogue est le meilleur moyen pour résoudre les divergences. Elle est l'aboutissement d'un processus d'une quinzaine d'années, au cours duquel l'UIP a facilité le dialogue politique entre législateurs sur la sécurité et la coopération en Méditerranée. L'Assemblée a par ailleurs souscrit à une déclaration de son Président, M. Abdelwahed Radi, appelant les autorités israéliennes à relâcher le Président et plusieurs membres du Conseil législatif palestinien emprisonnés récemment.

Au Liban, nous avons rencontré le Premier ministre, M. Fouad Siniora. Nous avons convenu que la mise en oeuvre de la résolution 1701 devait être accompagnée d'un processus politique permettant d'aboutir au renforcement de l'Etat libanais et à l'arrêt des ingérences extérieures, ainsi qu'au retrait des forces israéliennes, à la libération de tous les détenus libanais et de tous les citoyens israéliens, et qu'une solution devait être trouvée au problème des Fermes de Shebaa.

Q. La réunion de Amman a coïncidé avec la commémoration des attaques terroristes du 11 septembre 2001. Quel a été votre message ?

P.F.C. Nous avons voulu exprimer notre solidarité aux victimes de ces attaques terroristes et au peuple américain. J'ai également lancé un appel au dialogue pour instaurer la confiance entre les peuples, cultures et religions et en tant que moyen de résoudre les conflits et les désaccords.

Q. Auparavant, vous étiez en Iran, où vous avez été reçu par le Président Ahmadinejad, par le Président du Parlement Haddad-Adel, le Secrétaire du Conseil des Gardiens l'Ayatollah Jannati, et par le ministre des Affaires étrangères Mottaki. Quel a été votre message à vos hôtes iraniens ?

P.F.C. Je les ai invités à respecter la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies concernant la suspension de l'enrichissement de l'uranium, en soulignant que si elle était respectée, l'Iran pourrait jouer un rôle majeur de stabilité dans la région. J'ai dit que le dialogue et la négociation étaient la seule voie possible grâce à laquelle l'Iran et les autres pays pouvaient espérer parvenir à un accord et à résoudre les litiges. J'ai ajouté que le Parlement avait joué un rôle important depuis qu'il avait été élu pour représenter le peuple.

J'ai aussi évoqué le droit à l'existence d'Israël. Nos interlocuteurs iraniens ont réitéré leur engagement à poursuivre le dialogue et les négociations pour résoudre la question du nucléaire, stipulant que la base de tout accord devait inclure la reconnaissance de leur droit à l'enrichissement de l'uranium pour exploiter l'énergie nucléaire. Ils se sont dits prêts à garantir que l'uranium enrichi sera utilisé exclusivement à des fins pacifiques et que l'Iran accepterait de se soumettre à un système d'inspection et de surveillance.

Q. L'UIP souhaite renforcer sa coopération avec les Nations Unies. Pourquoi ?

P.F.C. Parce que la légitimité d'une organisation intergouvernementale lui vient des parlements. Raison pour laquelle nous ne pouvons pas être comparés aux organisations non gouvernementales. Elles jouent un rôle très important, mais elles n'ont rien à voir avec l'identité de notre organisation. La particularité de l'UIP naît de sa présence dans 146 parlements à travers le monde. Ce sont eux qui, en grande partie, confèrent aux gouvernements la légitimité et la souveraineté qui leur vient du peuple et du Parlement.

Q. Parlons de la lutte contre le terrorisme. Comment peut-on le combattre tout en respectant les droits des citoyens ?

P.F.C. C'est la grande question du troisième millénaire. En théorie, la démocratie doit pouvoir se défendre sans avoir besoin de dispositions exceptionnelles. Je suis fier que mon pays ait combattu et gagné la bataille contre le terrorisme sans avoir eu recours à des lois spéciales. Mais, dans certaines circonstances, les citoyens doivent comprendre que réduire quelque peu leurs droits signifie augmenter leur sécurité. Pour ce qui touche à la sphère privée des citoyens, elle est fondamentale, mais si le fait de réduire un peu notre droit à cette sphère privée signifie rendre plus efficace la défense de la sécurité nationale, alors je crois que c'est un sacrifice que les citoyens doivent faire. S'il s'agit en revanche de comprimer la liberté pour mieux assurer la sécurité, cela est inacceptable. Une paix véritable ne peut pas ne pas se baser sur la liberté et les droits des citoyens.

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