F. Passy Une page d'histoire :
FREDERIC PASSY

Cofondateur de l'Union interparlementaire avec William Randal Cremer (Royaume-Uni)
Prix Nobel de la paix en1901 avec le fondateur de la Croix-Rouge internationale, Henri Dunant (Suisse)


"Un pacifiste avant son temps"

Frédéric Passy (20 mai 1822-12 juin 1912), né à Paris, y vécut jusqu'à sa mort à l'âge de 90 ans. La tradition de service public était solidement ancrée dans sa famille. Son oncle, Hippolyte Passy (1793-1880), fut ministre de Louis Philippe et de Louis Napoléon. Juriste de formation, Frédéric Passy entra dans la fonction publique à l'âge de 22 ans comme comptable au Conseil d'Etat qu'il quitta après trois années de service pour se consacrer à l'étude systématique de l'économie. Il se fit connaître en qualité de théoricien de l'économie en 1857 avec son Mélanges économiques, recueil d'essais publiés au cours de ses travaux de recherche et il se forgea une réputation universitaire grâce à la série de conférences qu'il donna en 1860-1861 à l'Université de Montpellier et qu'il publia ensuite en deux volumes sous le titre de Leçons d'économie politique... Passy donna des conférences sur l'économie dans la quasi-totalité des grandes villes et universités françaises et publia une série d'écrits, dont quelques-uns des plus importants sont Les Machines et leur influence sur le développement de l'humanité (1866), Malthus et sa doctrine (1868), l'Histoire du travail (1873). Sa passion pour l'éducation s'exprima dans De la propriété intellectuelle (1859) et La démocratie et l'instruction (1864). Pour ces contributions, parmi d'autres, il fut élu en 1877 à l'Académie des sciences morales et politiques, branche de l'Institut.

Pour autant, Passy n'était pas un universitaire dans une tour d'ivoire mais plutôt un homme d'action. En 1867, fort de l'autorité acquise dans sa campagne pour prévenir une guerre entre la France et la Prusse sur la question du Luxembourg, il fonda la "Ligue internationale et permanente de la paix". Lorsque cette ligue fut balayée par la guerre franco-prussienne de 1870?1871, il la réorganisa sous le titre de "Société française des amis de la paix" qui donna naissance à son tour à la "Société française pour l'arbitrage entre nations" à vocation plus spécifique, créée en 1889.

Passy poursuivit aussi son combat dans l'arène politique. Il fut élu à la Chambre des Députés en 1881, puis réélu en 1885 mais battu en 1889. A la Chambre, il fit voter des lois en faveur des travailleurs, notamment une loi sur les accidents du travail, combattit la politique coloniale du gouvernement, élabora un projet de désarmement et déposa une proposition de résolution plaidant pour l'arbitrage des conflits internationaux.

Son action parlementaire en faveur de l'arbitrage fut encouragée par le succès de Randal Cremer qui fit voter au Parlement britannique une résolution stipulant que l'Angleterre et les Etats-Unis d'Amérique devaient recourir à l'arbitrage pour tout conflit les opposant qui ne pouvait être réglé par la voie diplomatique normale. En 1888, Cramer conduisit une délégation de neuf parlementaires britanniques qui rencontra à Paris une délégation de 24 députés français dirigée par Passy pour discuter de l'arbitrage et jeter les bases d'une organisation ayant pour mission d'en promouvoir la généralisation. L'année suivante, 56 parlementaires français, 28 parlementaires britanniques et des représentants des Parlements de l'Italie, de l'Espagne, du Danemark, de la Hongrie, de la Belgique et des Etats-Unis fondèrent l'Union interparlementaire, dotée d'une présidence de trois membres, dont Passy. L'Union créa alors un bureau devant servir de lieu d'échange intellectuel et encouragea la formation de groupes parlementaires nationaux soucieux d'appuyer les lois en faveur de la paix, notamment par voie d'arbitrage.

Ainsi la pensée et l'action de Passy se rejoignaient. La paix internationale était l'objectif, l'arbitrage des conflits sur la scène politique internationale, le moyen, les entités nationales constituant l'Union interparlementaire, les promoteurs, et le peuple, la base souveraine.

Par l'action remarquable qu'il conduisit un demi-siècle durant au sein du mouvement pacifiste, Passy devint l'"apôtre de la paix". Ecrivain intarissable et enjoué, son Pour la paix (1909), qu'il publia à l'âge de 87 ans, est un récit personnel - et non une autobiographie, genre qu'il n'aimait pas, - de son action en faveur de la paix internationale, qui met en exergue la fondation de la Ligue, la période décisive où l'Union interparlementaire fut créée, le mouvement des conférences de paix et l'utilité de la Conférence de La Haye.

Extrait de : Paix 1901-1925 - Conférence des Prix Nobel. Edité par Frédérick W. Haberman (Professeur, technique de la Communication, Université de Wisconsin-Madison, Etats-Unis). Publié pour la Fondation Nobel en 1972 par Elsevier Publishing Company.

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