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Débuter avec l’IA : conseils d’experts parlementaires

Au début de décembre 2024, le Centre pour l’innovation au parlement a lancé les nouvelles Lignes directrices pour l’IA dans les parlements et une série de scénarios d’utilisation de l’IA dans les parlements. Élaborées par des parlements en vue de soutenir d’autres parlements, les Lignes directrices marquent une étape importante dans l’adoption de l’intelligence artificielle (IA). Si les parlements sont invités à fixer leurs propres modalités (dans quelle mesure l’utiliser l’IA, à quel rythme, etc.), ils peuvent s’appuyer sur ces lignes directrices et les adapter à leur convenance.

Cet article présente quelques enseignements ainsi que des conseils d’experts parlementaires ayant pris la parole lors du lancement des Lignes directrices. Tous ont clairement indiqué que la mise en œuvre fructueuse de l’IA nécessitait une planification et une exécution minutieuses. Les parlements qui ont déjà adopté l’IA relèvent les principes suivants : 

  • Commencer petit et expérimenter.
  • Se concentrer sur la résolution de problèmes parlementaires concrets.
  • Mettre en œuvre des bonnes pratiques en matière de données.
  • Maintenir une vision stratégique claire.

Plus important encore, les intervenants ont souligné que l’IA devait contribuer à la mission fondamentale des parlements, à savoir assurer une véritable représentation démocratique et une fonction de contrôle.

Commencer petit et expérimenter

La Chambre des députés du Chili a adopté une approche souple pour développer des applications parlementaires, ce qui lui est très utile pour mettre en œuvre des processus d’IA. Esteban Sánchez décrit comment cette approche a permis à la Chambre de créer des prototypes et de les développer rapidement, en collaboration étroite avec des utilisateurs. Des enseignements sont tirés et les systèmes sont modifiés à mesure qu’ils évoluent. 

La Chambre des députés d'Italie a adopté une approche similaire. Giovanni Ciccone souligne qu'il est important de suivre une approche itérative et de commencer par des petits projets de démonstration de la faisabilité. Il suggère d’adopter une "approche de type laboratoire", soulignant l’importance d'organiser régulièrement des réunions avec les utilisateurs du Parlement et de constituer des équipes multifonctionnelles pour expérimenter des solutions d’IA.

Utiliser les bons outils

Alors que tous les regards sont tournés vers l’IA générative, M. Ciccone souligne que de nombreux problèmes parlementaires peuvent être résolus par des modèles discriminants, tels que les modèles de régression et les modèles de classification. Dans ce type de cas, où l'on dispose déjà de connaissances, il n’est pas demandé aux parlements de réinventer la roue. Ils peuvent adopter des cadres et des solutions technologiques existants pour créer des projets pilotes. Ces projets peuvent ensuite être affinés de manière itérative, ce qui permet d’améliorer leur qualité et, à terme, d’obtenir de meilleurs résultats. Encore une fois, cette approche suit le principe consistant à commencer petit et à faire des expérimentations. Elle montre combien il est important de comprendre dans quels contextes et de quelle manière l’IA peut représenter une aide.

Importance des processus opérationnels efficaces

Les parlements avec lesquels nous nous sommes entretenus soulignent qu'une collaboration étroite entre les experts informatiques et opérationnels est essentielle. Des processus opérationnels bien définis et clairs constituent un point de départ important pour l’adoption de l’IA – les parlements doivent savoir quel problème opérationnel ils doivent résoudre et comprendre comment l'IA peut les aider.

Alimentation de l'IA par des données

L’IA a intrinsèquement besoin de données pour alimenter des processus, notamment les grands modèles de langage, et pour interpréter le monde. Tout comme les parlements doivent avoir une bonne compréhension des processus opérationnels pour concevoir des solutions efficaces axées sur l’IA, de solides pratiques de gestion des données permettent d’améliorer le fonctionnement des systèmes d'IA. Ricardo Vilarins, de la Chambre des députés du Brésil, indique :

"Les parlements doivent pouvoir préparer les utilisateurs à fournir des données de bonne qualité."

Les parlements ont besoin de politiques vigoureuses en matière de gouvernance des données. Toutes les entités doivent savoir quelles données elles gèrent et comment améliorer leur qualité en permanence. C’est là que les pratiques et les politiques efficaces se révèlent utiles, car elles peuvent permettre aux utilisateurs de prendre de bonnes habitudes en matière de gestion de données sur le long terme. 

Bonne maîtrise de l'utilisation des données au parlement

Au Brésil, la Chambre des députés travaille sur des projets visant à renforcer la maîtrise de l'utilisation des données et les connaissances des problèmes liés aux données. En plus d'informer et d'instruire les personnes, cette approche les aide à se sentir impliquées dans le processus de gouvernance des données. Au fil du processus, le personnel parlementaire comprend mieux comment des données qualitatives contribuent à une utilisation plus efficace de l’IA.

Importance des stratégies

Une utilisation optimale des données permet de mieux comprendre l'interdépendance des données, des processus, des personnes et des cultures. Une telle compréhension permet, en retour, d’orienter davantage les stratégies vers l'adoption de l'IA. 

Cette compréhension organisationnelle croissante vient appuyer les propos de Fotis Fitsilis, du Parlement hellénique (Grèce), sur la nécessité d'établir un cadre stratégique plus large. Commencer petit et expérimenter constitue une approche tactique fondamentale, mais Fotis Fitsilis propose que ces efforts soient guidés par une orientation stratégique claire :

"La stratégie est le premier jalon. Sans stratégie, on ne va nulle part."

Adopter une stratégie en matière d’IA et – comme les Lignes directrices l’indiquent clairement – de bonnes pratiques de gouvernance relatives à son utilisation implique qu'il existe des paramètres précis d’utilisation de l’IA, des règles et des réglementations relatives à la gestion des risques, ainsi que des objectifs de réussite clairs. M. Fitsilis explique que l'échange de connaissances est un élément clé du processus : 

"Vous pouvez faire appel à vos propres experts. Mais vous devriez également consulter les spécialistes du Centre pour l’innovation au parlement afin de savoir comment élaborer votre propre stratégie. Vous pouvez commencer par votre propre expertise, mais vous devez impérativement vous appuyer sur une expertise extérieure au parlement."

Objectif : accroître l'efficacité du parlement

Pour Michael Evraire, le premier enseignement tiré par la Chambre des communes du Canada, un des premiers parlements à avoir adopté l’IA, est le suivant :

"L’IA n’est pas une fin en soi. En fait, l’IA devrait être un moyen d'assurer la cohérence stratégique de tous les projets en cours dans votre parlement."

Comme toute technologie, l’IA permet d’aider l’institution parlementaire à améliorer son efficacité et sa rentabilité. Elle ne doit pas être envisagée comme point de départ d'un projet mais comme outil pour mener à bien un projet. Michael Evraire rappelle que la qualité des données joue un rôle important et que l'établissement d'un ensemble de données qualitatives au fil du temps rendra l'IA plus efficace :

"Les données sont la première chose dont vous avez besoin avant de pouvoir tirer parti de l'IA. Ne voyez pas l'IA comme un moyen de réaliser une succession de projets. Ce n’est pas la meilleure approche. Pensez plutôt à la façon dont l’IA peut vous aider à atteindre vos objectifs opérationnels."