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Bulletin de l'innovation | 24e édition | 15 janv 2026
Assemblée parlementaire à Sarajevo (crédit : Jennifer Boyer)

Assemblée parlementaire à Sarajevo (crédit : Jennifer Boyer)

Des infrastructures numériques à l'impact démocratique : comment la Bosnie-Herzégovine a comblé des lacunes critiques en matière de technologies de l'information au sein du parlement

Une évaluation stratégique a révélé un point négligé par de nombreux parlements, et a aidé l'Assemblée parlementaire de Bosnie-Herzégovine à tracer la voie à suivre. Cette révélation n'a pas découlé de la technologie elle-même, mais du fait de poser les bonnes questions.

Lorsque l’équipe en charge a entrepris d’évaluer les capacités informatiques de l’Assemblée parlementaire, elle s’attendait à une analyse des systèmes, des serveurs et de la prestation de services. Mais elle a découvert une lacune fondamentale dans sa façon d'appréhender la technologie elle-même. Les infrastructures et le savoir-faire technique nécessaires étaient bien au rendez-vous. Ce qui manquait, c'était le cadre stratégique permettant de mettre en relation les investissements dans la technologie avec la valeur institutionnelle.

La priorité était le bon fonctionnement des systèmes, mais le recul nécessaire n'avait pas été pris pour se demander si ces systèmes contribuaient réellement à la mission du parlement. Cette prise de conscience a été le déclencheur d'une véritable transformation.

Comprendre la maturité numérique

L'Assemblée parlementaire s'est tournée vers l'outil d'évaluation de la maturité informatique (IMAT), cadre global développé par le Parlement européen et promu par le biais du Pôle sur la gouvernance des TIC du Centre pour l'innovation au parlement (CIP). Contrairement aux audits informatiques traditionnels, qui accordent une priorité exclusive aux performances techniques, l'IMAT définit dans quelle mesure la technologie sert les objectifs institutionnels pour quatre aspects essentiels :

  • Stratégie numérique : le parlement dispose-t-il d'une vision claire et validée de la manière dont la technologie soutient sa mission ? Les structures de gouvernance sont-elles en adéquation avec cette vision ?
  • Transformation numérique : existe-t-il des leviers stratégiques clairs mettant en relation les initiatives technologiques avec les priorités organisationnelles ?
  • Processus clés : la planification informatique, la gestion de portefeuille, l'assistance aux utilisateurs et l'architecture organisationnelle opèrent-elles comme un tout intégré et non isolément ?
  • Efficacité informatique : l'institution peut-elle mesurer et optimiser les performances de l'ensemble des opérations technologiques ?

L'évaluation s'effectue via une plateforme numérique, dépendant du Pôle sur la gouvernance des TIC, qui permet aux parlements de s'évaluer par rapport à des homologues internationaux, tout en accédant à des documents de référence et aux meilleures pratiques. Les résultats classent les institutions selon un spectre de maturité allant de "Initial" (fondamental mais disparate) à "Défini" et "Maîtrisé", jusqu'à "Optimisé" (mesure et amélioration continues).

Pour l’Assemblée parlementaire de Bosnie-Herzégovine, ce processus a eu un impact plus significatif que la simple identification des faiblesses : il a donné un argumentaire pour parler de stratégie technologique avec des parties prenantes non techniques et, surtout, il a apporté des éléments crédibles que l’équipe a pu présenter aux partenaires de développement lorsqu’elle a sollicité leur soutien pour la modernisation.

Ce que l'évaluation a révélé

Les résultats représentaient à la fois un encouragement et un défi. L'équipe informatique avait fait un travail remarquable en assurant la maintenance des systèmes et en répondant aux besoins immédiats. Mais l'évaluation a mis en évidence trois lacunes prioritaires :

  • L'absence d'une véritable stratégie numérique assortie d'indicateurs de performance clés mesurables. Les décisions en matière de technologie étaient prises de manière tactique plutôt que stratégique. Il n'y avait pas de lien évident entre les investissements informatiques et les retombées pour le parlement.
  • La planification informatique et la gestion de portefeuille devaient être renforcées. Les projets étaient lancés en fonction de leur urgence ou des opportunités qui se présentaient plutôt qu'en raison d'une cohérence stratégique. L'affectation des ressources était réactive plutôt que délibérée.
  • L'architecture organisationnelle, c'est-à-dire le plan montrant comment la technologie, les données, les processus et les personnes s'articulent entre eux, était sous-développée. Sans cette base, même les bonnes initiatives risquaient de perdre leur pertinence.

L'évaluation a également mis en évidence des opportunités prometteuses : l'expansion des processus numériques tels que les signatures électroniques et les flux de travail, et le lancement de projets pilotes d'IA soigneusement définis, susceptibles d'apporter une valeur ajoutée significative.

Mais surtout, cela a apporté à l'Assemblée parlementaire quelque chose que de nombreuses institutions ont du mal à formuler : une feuille de route structurée. Plutôt que d'essayer de tout régler simultanément, l'équipe savait désormais clairement quelles étaient les priorités et pourquoi.

De la réflexion à l'action

L'approche de l'Assemblée parlementaire découle d'une sagesse pratique. L'équipe ne tente pas une transformation radicale du jour au lendemain. L'objectif est plutôt de passer, d'ici 2029, par les niveaux IMAT de maturité numérique "Initial" à "Défini", soit un délai réaliste qui tient compte de la complexité des évolutions de l'institution.

L'équipe prévoit de réévaluer la situation dans deux ou trois ans, afin de créer un retour d'information qui permettra de documenter les progrès réalisés et de réévaluer les priorités. Cette approche itérative part du principe que la maturité numérique n'est pas un but à atteindre, mais un parcours continu.

L'enseignement d'ensemble à tirer dépasse le cadre de la Bosnie-Herzégovine. Les responsables informatiques des parlements sont confrontés à un défi permanent : justifier les investissements dans des institutions où il n'est pas toujours évident de mettre en relation les dépenses informatiques et les résultats démocratiques. Parfois, l'obstacle à la modernisation n'est pas de savoir quoi faire, mais de ne pas avoir les bons arguments pour plaider sa cause.

Les outils d’évaluation tels que l’IMAT fournissent précisément ces arguments. Ils traduisent les capacités techniques en termes stratégiques qui trouvent un écho auprès des dirigeants, et montrent non seulement les lacunes technologiques, mais aussi comment leur amélioration renforce la capacité de l’institution à servir les parlementaires, le personnel et, en fin de compte, les citoyens.

Pourquoi l'évaluation est importante

La transformation numérique dans les parlements vise essentiellement à renforcer la démocratie. Les technologies qui améliorent la transparence renforcent la confiance des citoyens, et les systèmes qui aident les parlementaires à travailler plus efficacement améliorent la gouvernance représentative. 

Les outils d'évaluation contribuent à privilégier cette mission. Ils obligent les institutions à répondre à des questions fondamentales : où en sont-elles dans leur capacité à assurer leurs fonctions essentielles ? Où devraient-elles en être ? Comment vont-elles y parvenir ? Et comment sauront-elles qu'elles progressent ?

Qu'un parlement soit grand et bien doté en ressources, ou petit avec des capacités limitées, les approches structurées d'évaluation fournissent des conseils pratiques. Le cadre global de l'IMAT convient aux institutions prêtes pour une évaluation organisationnelle détaillée. L'outil de l'UIP d'évaluation de la maturité numérique représente une option plus souple. Ces deux possibilités aident les parlements à répondre à la même question essentielle : investissons-nous judicieusement dans la technologie pour faire progresser notre mission institutionnelle ?

Alors que les parlements du monde entier font face à des évolutions technologiques rapides – de l'IA et de l'automatisation aux menaces liées à la cybersécurité et aux attentes croissantes des citoyens en matière de services numériques – ces outils constituent une base essentielle, car ils font passer la "transformation numérique" du stade de l'abstraction en vogue à celui de la stratégie concrète.

Pour l’Assemblée parlementaire de Bosnie-Herzégovine, le parcours ne fait que commencer. Cependant, en prenant le temps d'évaluer la situation avant de se précipiter vers un objectif, l'équipe a démontré quelque chose de précieux : les mises à niveau technologiques ne concernent pas toujours des considérations techniques. Parfois, il s'agit simplement d'apprendre à poser de meilleures questions.