Le 13 février 2008, le Roi Sultan Mizan Zainal Abi a dissous le Parlement sur les conseils du Premier ministre, M. Abdullah Badawi, en vue des élections anticipées du 8 mars à la Chambre des représentants. En vertu de la Constitution, les élections auraient dû se dérouler en mars 2009, mais elles se déroulent traditionnellement au cours de la quatrième année de la législature de cinq ans, dans ce pays de 26 millions d'habitants (dont 66 % de souche malaise, 25 % d'origine chinoise et 8 % d'origine indienne).
Lors des élections de mars 2004, le Front national (NB), coalition pluriethnique regroupant 14 partis, dont l'Organisation nationale unifiée malaise (UMNO) de M. Badawi, avait remporté une onzième victoire avec 199 des 219 sièges à pourvoir. Le Parti d'action démocratique (DAP), de l'opposition, soutenu par la communauté chinoise, avait quant à lui remporté 12 sièges. Le Front alternatif, composé du Parti islamique malais (PAS) et du Parti de la justice nationale (Parti Keadilan Rakyat - PKR), en avait obtenu sept.
M. Anwar Ibrahim, ancien vice-Premier ministre, s'est élevé contre la tenue de ces élections anticipées, qui se sont déroulées un mois avant la levée de son inéligibilité. En effet, en 1999, M. Ibrahim, ouvertement hostile à l'ancien Premier ministre, M. Mohamad Mahathir, avait été condamné pour pratiques répréhensibles et sodomie suite à une décision de justice controversée, et frappé d'inéligibilité jusqu'au 15 avril 2008. Sa femme, la Présidente du PKR, Mme Waz Azizah, avait annoncé que si elle était élue, elle se retirerait pour lui permettre de se présenter à l'élection partielle qui suivrait.
L'élection des 222 membres de la Chambre des représentants élargie s'est déroulée dans un climat de tensions ethniques et religieuses croissantes, auquel s'ajoutaient des inquiétudes liées à la criminalité et à l'augmentation du prix des denrées alimentaires et du carburant. En novembre 2007, plus de 10 000 personnes de souche indienne étaient descendues dans les rues pour dénoncer la discrimination officielle dont elles étaient victimes. Le programme de discrimination au profit des Malais en place depuis 37 ans, dans la fonction publique l'enseignement, faisait des mécontents parmi les Chinois et les Indiens de souche. Le Gouvernement estimait, quant à lui, que le revenu mensuel des Indiens était supérieur à la moyenne nationale.
Le Premier ministre, M. Badawi, appelait les électeurs à donner un nouveau mandat au NB, en faisant valoir que grâce aux nombreux programmes qu'il avait mis en place, la pauvreté qui concernait 60 % de la population au moment de l'indépendance, n'était plus que de 5,7 % aujourd'hui. Il mettait aussi en avant le fait que le NB avait l'expérience et les compétences requises pour permettre au pays de poursuivre son développement.
Avant les élections de 2008, le DAP et le PKR avaient décidé de ne pas présenter de candidats dans les mêmes circonscriptions, afin de ne pas émietter les voix de l'opposition. Le DAP voulait éviter que les partis au pouvoir ne remportent une majorité des deux tiers au Parlement et comptait abolir le système en vertu duquel les sénateurs sont désignés, et non élus. Ce qui était arrivé à M. Ibrahim avait valu de la sympathie au PKR qui présentait un programme de lutte contre la corruption. Nombre de candidats de l'opposition ont fait campagne via Internet.
La Commission électorale a opté pour la première fois pour des urnes en plastique transparent. Cependant, son projet initial d'utiliser de l'encre indélébile pour empêcher le vote multiple a été annulé à la dernière minute, ce que le PKR a dénoncé. La Commission a annoncé que cette décision visait à ce que les élections puissent se dérouler sereinement.
Près de 11 millions d'électeurs s'étaient inscrits sur les listes. Selon des estimations non officielles, le taux de participation national n'aurait été que de 50 % environ, en raison de la faible participation dans les zones urbaines.
Le NB est demeuré la principale force du nouveau parlement avec 140 sièges, mais n'a pas obtenu la majorité des deux tiers, ce qui constitue sont plus mauvais résultat depuis l'indépendance du pays, en 1957. L'ancien Premier ministre, M. Mahathir, a demandé que M. Badawi démissionne, mais celui-ci s'y est refusé.
Au total, les partis de l'opposition ont recueilli 47,8 % des suffrages à l'échelon national. Le nombre de sièges occupés par l'opposition est passé de 19 à 82. Le PKR en a remporté 31, le DAP, 28 et le PAS, 23. Mme Azizah (PKR) a été réélue, ce qui rend possible le retour de M. Ibrahim au Parlement.
Le 10 mars, M. Badawi a reçu l'investiture au poste de Premier ministre pour un deuxième mandat de cinq ans.
La Chambre des représentants nouvellement élue a tenu sa première session le 28 avril et élu Tan Sri Pandikar Amin Hj Mulia à sa présidence. |