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Opinions et vidéos

Journée internationale de la démocratie : Qui n’a toujours pas sa place autour de la table ?

Martin Chungong

Près de trois milliards de personnes ont été appelées aux urnes l’an dernier, dans le cadre d’un nombre record d’élections à travers le monde – signe de la remarquable progression de la démocratie au cours des 100 dernières années. Mais la vitalité de la démocratie ne saurait se mesurer au seul nombre de scrutins organisés : sa véritable valeur se révèle dans les résultats que les élections produisent, et en particulier dans la capacité des parlements à représenter réellement les populations et à répondre concrètement à leurs attentes. De ce point de vue, la démocratie a encore d’importants progrès à réaliser.

Les femmes demeurent largement sous-représentées en politique. Et celles qui sont élues se heurtent encore trop souvent à des obstacles, notamment au harcèlement et même à la violence. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon les données de l’UIP, les femmes n’occupent aujourd’hui que 27,2 % des sièges parlementaires dans le monde. Cette proportion est certes plus élevée que les 11,3 % enregistrés en 1995, année de l’adoption de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing, qui constituent la feuille de route mondiale pour l’égalité des sexes et les droits des femmes. Mais les avancées marquent le pas, avec une progression de seulement 0,3 point de pourcentage en 2024, soit le rythme le plus faible depuis 2017. 

Parallèlement, les jeunes sont largement absents de la vie politique, ce qui met en péril l’avenir de la démocratie. Alors qu’environ la moitié de la population mondiale a moins de 30 ans, les jeunes ne représentent que 2,8 % des parlementaires dans le monde. Ce chiffre tombe même à 1,4 % s’agissant des jeunes femmes, ce qui constitue incontestablement un déficit démocratique. 

Ce déséquilibre marqué en matière de représentation des femmes et des jeunes sape la légitimité de la démocratie et risque même de la vider de sa substance. Pourtant, des perspectives positives existent. 

En dépit de ses failles, la démocratie reste de fait le rempart le plus sûr pour nos nations, nos institutions et nos populations. Même si chaque pays a ses spécificités propres, elle demeure le meilleur système pour répondre aux attentes des citoyens. Des signaux positifs indiquent que des changements sont possibles. Selon les données de l’UIP, près de 40 % des parlementaires de moins de 30 ans sont des femmes – un signe clair que, si les freins disparaissent, les jeunes générations sont prêtes à assumer des responsabilités dans une plus grande égalité. 

Le défi consiste désormais à exploiter ce potentiel et à ne pas le laisser s’épuiser sous l’effet des résistances. En effet, si de nombreuses avancées ont été réalisées ces dernières décennies, on constate également des reculs sur plusieurs fronts, notamment une remise en cause des droits en matière de reproduction, un affaiblissement des protections contre la violence fondée sur le genre et des tentatives de rétablir des pratiques néfastes pourtant interdites.

Cette année, la Journée internationale de la démocratie est un moment de vérité. Les progrès sont réels mais fragiles, et certaines régions du monde connaissent des revers. 

C’est pourquoi l’UIP a placé l’année 2025 sous le signe de l’égalité des sexes. Elle a notamment lancé sa campagne intitulée Atteindre l’égalité des sexes, action par action afin de mobiliser les parlements pour faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes dans la vie politique et dans la société. 

S’agissant des jeunes, la Conférence mondiale des jeunes parlementaires de l’UIP a réuni la semaine dernière à Lima (Pérou) des jeunes parlementaires et des parlementaires plus expérimentés autour du thème Unir les générations en faveur de l’égalité des sexes. Cet événement a également été l’occasion de mettre en lumière la campagne de l’UIP visant à rajeunir les parlements, Oui à plus de jeunes au parlement ! 

Pour que la démocratie se renouvelle, nous devons créer des alliances entre les générations, en exploitant à la fois l’énergie des jeunes et l’expérience des moins jeunes. Nous avons besoin de parlements qui reflètent véritablement la société – une société où les femmes et les jeunes ne sont pas de simples figurants, mais des acteurs protégés, respectés et pleinement investis de responsabilités. Et nous devons également résister aux manœuvres de retour en arrière, en restant fermes et unis dans la conviction que l’égalité est essentielle et non négociable.

Je vous invite toutes et tous à célébrer la Journée internationale de la démocratie avec l’UIP le 15 septembre. La démocratie a toujours été confrontée à de multiples défis. Néanmoins, quelle que soit sa forme, elle s’est révélée le système politique le plus résistant. Pour la démocratie. Pour tous.

Martin Chungong, Secrétaire général de l’UIP