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Bulletin de l'innovation | 24e édition | 15 janv 2026
Volet L’IA dans les parlements, deuxième jour de la conférence (crédit : CIP de l'UIP)

Volet L’IA dans les parlements, deuxième jour de la conférence (crédit : CIP de l'UIP)

De la vision à l'action : jeter les bases de l'IA dans les parlements

Conclusions tirées du volet L’IA dans les parlements lors de la conférence Le rôle du parlement dans l'élaboration d'une IA responsable, qui s’est tenue du 28 au 30 novembre 2025 à Kuala Lumpur (Malaisie).

Les parlements du monde entier explorent tous un territoire inconnu. Pourtant, malgré les incertitudes, ce qui est apparu à Kuala Lumpur, c’est qu'un consensus étonnant se dégage sur le plus important.

Un sondage réalisé auprès des participants a permis de déterminer où en sont les parlements dans leur usage de l’IA. Aucun n’a indiqué avoir atteint un niveau de pratique avancé ou avoir établi des normes mondiales. Pour la plupart, ils en sont encore aux premières étapes : usage informel de l’IA sans politique définie, expérimentation d’outils de base ou mise en œuvre de projets pilotes. Ces parlements ont cependant clairement compris non seulement la technologie, mais également les fondements organisationnels nécessaires à la réussite.

La fracture essentielle 

Le principal obstacle à une adoption réussie de l’IA n’est souvent pas la technologie ou les ressources, mais l'écart entre l’expertise technique et les responsables politiques. Comme l’a déclaré un délégué : "Une déconnexion complète existe entre le côté politique et notre personnel administratif, qui a accompli un travail considérable, mais avec lequel il n’y a aucune communication". Les services informatiques développent des capacités que les parlementaires n’utilisent pas, ces derniers expriment des besoins que les équipes techniques ne comprennent pas, et des stratégies sont approuvées, mais ne sont jamais mises en œuvre.

Cette déconnexion se manifeste différemment selon les contextes. La Chambre des représentants de Nouvelle-Zélande a présenté une mise en œuvre aboutie du Hansard, tout en soulignant que le contrôle humain restait essentiel. Le Congrès national du Chili a montré sa capacité d’innovation en matière d’analyse réglementaire, tout en parlant franchement des limites des contraintes en matière de ressources : "L’innovation technologique n’est pas la première préoccupation du parlement". Par ailleurs, l’Assemblée nationale de Maurice a atteint un taux de dématérialisation de 98 % et développe actuellement des modèles linguistiques créoles grâce à des partenariats universitaires. Le parcours de chaque parlement est unique, mais tous sont confrontés au même défi organisationnel : mettre la vision politique en adéquation avec les capacités techniques.

La base incontournable

M. Lorenzo Manelli, Directeur général des technologies de l’information et de la cybersécurité au Parlement européen, a expliqué comment la Loi sur l’IA de l'Union européenne a apporté plus de clarté en exigeant la transparence, la documentation et la redevabilité dès la conception des projets. Son argument principal concernait cependant la progression depuis la numérisation (conversion des archives physiques), en passant par l'informatisation (modernisation des processus actuels), jusqu'à la transformation numérique (utilisation d’outils avancés tels que l’IA). Il n’est pas possible de sauter des étapes. Les participants l’ont souligné à plusieurs reprises : "Des applications d’IA réussies nécessitent des données de qualité".

M. Nophadol In-na, membre du Sénat thaïlandais, a appuyé ce point en soulignant son expérience pratique. Le Centre d'intelligence du Sénat a intégré des systèmes de données, une recherche basée sur l’IA et une visualisation des flux de travail, après avoir mis son plan directeur pour le parlement numérique en adéquation avec la stratégie nationale en matière d’IA. M. In-na a indiqué que, lorsqu’il a présenté pour la première fois l’IA à des sénateurs chevronnés, "il a été très difficile de les convaincre". La solution a consisté à organiser plusieurs ateliers au cours desquels des parlementaires expérimentés ont pu observer leurs collègues utiliser l’IA avec succès.

Combler le fossé

Les participants ont proposé des solutions au cours des différentes séances. Les parlements performants mettent en place des groupes de travail interfonctionnels regroupant des représentants des services informatiques, juridiques, politiques et des bureaux de parlementaires, et ils considèrent l’IA comme un défi institutionnel plutôt que comme un projet technique. Ils identifient des soutiens politiques capables de promouvoir l’adoption de l’intérieur et donnent plus de responsabilités aux jeunes collaborateurs, qui comprennent mieux la technologie, remettant ainsi en question les hiérarchies traditionnelles du parlement.

Le Parlement européen a lancé son premier projet d’IA générative avec un seul membre du personnel (âgé de 62 ans, brisant ainsi les stéréotypes) et un budget à quatre chiffres. Ce principe "commencer modestement, apprendre rapidement" a trouvé un écho dans divers contextes. M. Ludovic Delepine, du Parlement européen, a souligné que la segmentation des tâches ouvrait de nouvelles voies de collaboration : les processus parlementaires diffèrent considérablement, mais chaque tâche – résumer, traduire et rechercher – est universelle. Les parlements peuvent partager des outils spécifiques à certaines tâches et les adapter localement plutôt que de créer des systèmes entièrement sur mesure.

Capacité plutôt que compétence

Les contraintes financières ont représenté une source de préoccupation pour beaucoup, mais l’expérience du Centre pour l’innovation au parlement (CIP) de l’UIP montre que l’argent et les ressources suivent la vision et la stratégie. Les participants ont reconnu que la véritable contrainte réside dans les capacités : formation, connaissances et changement culturel. Il est possible d'acquérir la technologie sous forme de service, et les capacités doivent être développées en interne. Les parlementaires et leur personnel ont besoin de formation et de soutien de la part de leurs pairs pour acquérir des connaissances en matière d’IA.

M. In-Na a expliqué pourquoi les parlementaires doivent montrer l’exemple en matière d’usage éthique de l’IA : "En tant que législateurs, nous devons être les premiers à utiliser l’IA de manière éthique". Les parlementaires ne sont pas seulement des utilisateurs d’outils d’IA, ce sont également des modèles pour les administrés et les législateurs qui élaborent la réglementation en matière d’IA. Le leadership éthique n’est pas une aspiration, mais une nécessité existentielle pour la démocratie.

La conférence a montré que les parlements sont confrontés à des défis communs malgré des contextes très différents. L’UIP a lancé le nouveau Cadre de maturité pour l’IA dans les parlements, qui propose une feuille de route pour le diagnostic, et les réseaux CIP mettent en relation plus de 50 parlements pour favoriser la transmission du savoir et les échanges entre pairs. La réussite dépend moins de la sophistication technique que de la capacité à établir un consensus interne, à mettre en place une coordination interfonctionnelle et à respecter le principe fondamental selon lequel l’IA doit compléter le jugement humain, et non le remplacer.