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Bulletin de l'innovation | 23e édition | 26 sept 2025
Dialogue national sur l'action climatique, Athlone (Irlande)

Dialogue national sur l'action climatique, Athlone (Irlande). Crédit image : Alex Calder

À l'écoute des citoyens : comment la science citoyenne et la sécurité humaine peuvent renforcer les interactions avec le parlement

De M. Dennis Naughten, ancien parlementaire irlandais (1997–2024), ancien Président du Groupe de travail de l'UIP sur la science et la technologie (2022–2024)

Notre travail de parlementaire consiste non seulement à représenter, mais aussi à vraiment comprendre les personnes que nous représentons. Ce n'est pas une mince affaire dans le contexte actuel, où la confiance du public est mise à mal et où les méthodes traditionnelles d'interaction semblent de plus en plus dépassées.

Pour aller de l'avant, il y a mieux à faire.

En appliquant les outils de la science citoyenne sous l'angle de la sécurité humaine, les parlementaires peuvent établir des relations plus profondes et productives avec leurs administrés, fondées sur l'écoute, le dialogue et la confiance.

Aller au-delà du modèle des réunions publiques

À de nombreuses reprises, j'ai participé à des réunions publiques de type assemblée municipale où se côtoient deux points de vue très marqués : ceux qui sont déjà convaincus et ceux qui sont déjà opposés. Les anciens modèles d'interaction avec la population – réunions publiques, communiqués de presse, séances de questions-réponses, voire même réseaux sociaux – sont inopérants dans une société sans cesse plus polarisée. Ces approches ne permettent pas l'expression de ceux qui ont un avis nuancé, qui ne savent pas trop où ils en sont, ou veulent simplement partager leur témoignage sans confrontation.

C'est pourquoi un changement s'impose : il faut évoluer vers une délibération interactive et bidirectionnelle respectant la complexité et la dignité du point de vue de chaque citoyen. En tant que parlementaires, si nous voulons vraiment être efficaces, nous devons adopter des outils permettant ces échanges, et pas seulement transmettre des décisions.

Des outils pour créer des liens

Les plateformes de science citoyenne offrent un nouvel ensemble d'instruments permettant à un éventail beaucoup plus large d'acteurs de présenter leur point de vue sur un sujet et de collaborer en vue d'une solution consensuelle et pratique. Par exemple, Bohm Dialogue encourage les conversations ouvertes afin d'aider les groupes à étudier diverses perspectives et à trouver un consensus, par exemple pour la résolution de conflits découlant de l'usage des terres au sein d'une communauté. La méthode du bocal à poissons, quant à elle, consiste à faire discuter un petit groupe de personnes tandis que d'autres observent. Les observateurs rejoignent la discussion en remplaçant quelqu'un dans le cercle intérieur, ce qui permet un partage dynamique d'expériences.

Faire cela correctement permet d'aboutir aux résultats suivants :

  • des connaissances issues de la population, contribuant à mettre au jour des informations nuancées et spécifiques à la communauté,
  • des initiatives communes, permettant aux administrés de participer à la recherche de solutions, et pas seulement de donner leur avis,
  • une intelligence collective, renforçant les résultats des politiques en reflétant les diverses réalités de notre société.

Ce ne sont pas simplement de bonnes choses. Ces résultats rendent notre travail plus efficace, inclusif et résilient.

Le prisme de la sécurité humaine

La sécurité humaine n'est pas une vague question d'idéaux. Il s'agit d'un cadre pratique qui privilégie :

  • la protection contre les menaces systémiques,
  • l'autonomisation par la participation,
  • le respect du pouvoir d'agir et du point de vue.

Pour les parlementaires, appliquer ce prisme implique une interaction qui n'est pas seulement plus sûre, mais aussi plus intelligente. On prend acte du fait que les questions que nous traitons (santé, climat et inégalités sociales) sont profondément personnelles, et que nos politiques doivent en tenir compte.

Ce que cela implique pour nous au parlement

En adoptant cette approche, nous pouvons :

  • renforcer la confiance avec les administrés grâce à la transparence et à l'authenticité,
  • toucher des groupes traditionnellement démobilisés ou sous-représentés,
  • découvrir de nouvelles solutions grâce à la collaboration et au dialogue,
  • réduire la polarisation en mettant l'accent sur l'empathie et les préoccupations communes.

Quand nous y parvenons, quelque chose de puissant se produit : le parlement devient non seulement une chambre de débat, mais aussi une chambre d'écoute.

Dernières réflexions

La démocratie prend tout son essor lorsque nous prêtons attention non seulement aux voix les plus fortes, mais aussi aux réflexions discrètes qui recèlent souvent la plus grande sagesse. En tant que parlementaires, montrons l'exemple en étant à l'écoute. Adoptons les outils et les cadres qui nous aident à écouter la population, pas seulement à lui parler.

Pour en savoir plus sur la science citoyenne et la sécurité humaine, consulter cet article exhaustif sur le sujet, rédigé par M. Naughten.