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Bulletin de l'innovation | 24e édition | 15 janv 2026
M. Andy Williamson, chercheur principal pour le Centre pour l’innovation au parlement de l’UIP, présente le Cadre de maturité pour l’IA.

M. Andy Williamson, chercheur principal pour le Centre pour l’innovation au parlement de l’UIP, présente le Cadre de maturité pour l’IA.

Présentation du cadre de maturité pour l'IA

Pour les parlements, l’IA n’est plus une perspective d'avenir : elle remodèle déjà le fonctionnement des institutions démocratiques. Les parlements affrontent toutefois un défi unique : ils doivent exploiter le potentiel de l’IA pour améliorer leur efficacité, renforcer les processus législatifs et accroître la participation des citoyens, tout en préservant la redevabilité démocratique, la transparence et la confiance de la population. Cet équilibre ne peut être atteint uniquement par la technologie.

Le Centre pour l'innovation au parlement (CIP) de l'UIP a élaboré le Cadre de maturité pour l'IA dans les parlements, outil pratique de diagnostic et de planification stratégique tout spécialement destiné aux dirigeants parlementaires qui évoluent dans ce domaine complexe.

Le défi

Le parcours de chaque parlement en matière d'IA est unique. Les cadres constitutionnels, la maturité numérique, les ressources et les priorités politiques varient considérablement, tout comme la culture et les attitudes à l'égard de l'innovation. Les enjeux sont considérables en cas d’adoption mal gérée, que ce soit en raison d’une gouvernance inadéquate, d’une mise en œuvre inadaptée ou d’un échec à préserver les valeurs démocratiques.

Pour la plupart, les parlements comprennent qu'un usage informel et ponctuel de l'IA n'est plus suffisant. Les outils d'IA générative sont de plus en plus courants dans les bureaux parlementaires, souvent adoptés de manière informelle. Sans un cadre structuré mettant en relation la gouvernance, les capacités techniques, l'état de préparation organisationnelle et l’impact démocratique, ces initiatives restent des expériences isolées et ne s'intègrent pas dans une stratégie coordonnée.

La question est donc simple : comment les parlements passent-ils du stade "voilà la situation" au stade "nous disposons d'un plan cohérent" ?

Qu'est-ce qui distingue ce Cadre ?

Ce qui distingue ce Cadre des autres cadres est sa spécificité au contexte parlementaire et son intégration étroite avec les orientations pratiques existantes. Il n'est pas normatif : dans l'adoption de l'IA, l'excellence peut prendre plusieurs formes. Un parlement opérant au niveau 3 (mise en œuvre) en matière de gouvernance, mais au niveau 2 (émergent) en matière de capacités techniques n’est pas à la traîne. Ces niveaux reflètent plutôt des choix stratégiques en adéquation avec les priorités institutionnelles.

Le Cadre progresse de front sur quatre plans interdépendants qui doivent évoluer ensemble :

  • Gouvernance pour la redevabilité et les pratiques éthiques.
  • Capacités techniques pour une mise en œuvre sûre et efficace.
  • Capacités organisationnelles reflétant la gestion du changement et la culture.
  • Impact démocratique comme critère ultime pour déterminer si l’IA sert la mission fondamentale du parlement.

La mise en œuvre technologique sans gouvernance est imprudente. La gouvernance sans capacités organisationnelles reste théorique. Et ces trois éléments n'ont aucune valeur s'ils ne renforcent pas de manière tangible les fonctions démocratiques du parlement.

Des lignes directrices à la stratégie

Les Lignes directrices de l'UIP pour l'IA dans les parlements proposent tout un ensemble de conseils pratiques. Cependant, les Lignes directrices peuvent sembler abstraites pour ceux qui gèrent de multiples priorités. Le Cadre traduit les Lignes directrices en parcours de progression concrets, chaque domaine couvert par ces dernières étant associé aux niveaux de maturité du Cadre, ce qui définit une feuille de route indiquant non seulement ce qui doit être fait, mais aussi comment la portée et la sophistication doivent évoluer.

Figure 1 : Les six niveaux du Cadre de maturité pour l'IA

Les six niveaux du Cadre de maturité pour l'IA

Au niveau 1 (Initial), il s'agit de jeter les bases : mise en place d’entités de gouvernance, réalisation d’évaluations des risques, identification des scénarios d’utilisation et formation de base. 

Au niveau 2 (Émergent), la gouvernance devient globale, avec des cadres éthiques détaillés et une gestion systématique des risques. Les projets pilotes débutent par des essais contrôlés et des objectifs clairs en matière de transmission du savoir.

Au niveau 3 (Mise en œuvre), les projets pilotes couronnés de succès passent au stade opérationnel, avec un suivi de la conformité et la publication de rapports publics. L’IA commence à accompagner les fonctions parlementaires essentielles : recherche législative, services aux administrés et analyse des politiques publiques.

Cette progression permet aux dirigeants de répondre à des questions essentielles : où en sommes-nous actuellement ? Que devons-nous maintenant privilégier ? Comment saurons-nous que nous faisons de réels progrès ?

Atouts stratégiques

Ce Cadre a plusieurs atouts concrets. Tout d’abord, il permet aux équipes techniques, aux décideurs politiques et aux dirigeants parlementaires de parler le même langage, ce qui rend les conversations plus claires lorsqu'on décrit les différents aspects du même problème.

Deuxièmement, il empêche une montée en puissance prématurée. Beaucoup d’organisations déploient l’IA sans avoir mis en place une base de gouvernance adéquate, ce qui coûte cher à corriger plus tard. L’approche progressive du Cadre permet aux parlements de jeter les bases avant d’élargir le champ d’application.

Troisièmement, il favorise une évaluation honnête sur tous les aspects. Un parlement peut fonctionner au niveau 3 en matière de gouvernance, avec des politiques globales et un suivi de la conformité, tout en restant au niveau 2 en matière d’infrastructures techniques. Cette approche réaliste permet une montée en charge stratégique, en fonction de l'état réel de préparation et non d’objectifs uniformes irréalistes.

Enfin, il tient compte du fait que l’excellence peut prendre de nombreuses formes. Tous les parlements ne sont pas tenus d’atteindre le niveau 5, qui correspond à un rôle de pionnier dans l’adoption des technologies émergentes. Ce qui importe, c'est une mise en œuvre réfléchie et adaptée au contexte, qui renforce réellement la mission démocratique des parlements tout en gérant les risques de manière responsable.

Aller de l’avant

Pour les parlements, la première étape est simple : comprendre le positionnement actuel de l'institution par rapport aux quatre dimensions de la maturité. Une évaluation honnête permet généralement d’obtenir des réponses claires. Les parlements doivent s'attendre à opérer à différents niveaux dans divers domaines – ce qui est normal et permet de tirer des enseignements.

À partir de là, la priorité stratégique pour les 12 à 24 mois suivants doit être identifiée. Si la gouvernance est en retard par rapport aux capacités techniques, cela crée un risque. Si l'état de préparation technique progresse plus vite que la capacité de changement organisationnel, les investissements ne produiront pas les résultats attendus. Si l’impact démocratique n'est pas évalué, on ne mesure pas ce qui permet, en dernier ressort, de justifier l’investissement dans l’IA.

Le Cadre de maturité de l’IA, appliqué parallèlement aux Lignes directrices, représente une feuille de route pratique, non normative, mais judicieusement positionnée, au service de la mission démocratique que les parlements ont pour vocation de promouvoir.

Pour plus d'informations ou pour toute question sur le Cadre, nous écrire à l'adresse [email protected].