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Bulletin de l'innovation | 22e édition | 12 août 2025
Bundestag

Salle plenière du Bundestag (credit: Creative Commons)

Priorité aux scénarios d'utilisation de l'IA au Bundestag

Quand il s'agit d'adopter l'IA, tous les parlements sont confrontés au même dilemme : alors que cette technologie offre un potentiel de transformation, les conversations deviennent trop souvent techniques, chargées de jargon, ou se limitent trop à des domaines très spécifiques de l'activité parlementaire. Les nombreux services d'assistance œuvrant dans les institutions, bien qu'essentiels, peuvent être laissés de côté, avec pour conséquence possible que chaque département ait ses propres attentes et aborde l'IA selon des approches différentes. Cette situation risque d'entraîner un cloisonnement entravant une coordination stratégique et limitant le potentiel de mise en œuvre globale.

En l'absence de cadres appropriés de gouvernance de l'IA, les institutions risquent de déployer des solutions contraires aux valeurs démocratiques et aux principes éthiques fondamentaux de la démocratie parlementaire.

Le modèle d'IA Cloverleaf (en trèfle), élaboré par le Bundestag, apporte une solution potentielle. Il s'agit d'un cadre global de gouvernance de l'IA qui traduit les possibilités de cette technologie en opportunités pratiques et spécifiques à chaque service, tout en garantissant que les garde-fous appropriés sont en place, et donc que l'institution reste en adéquation avec les valeurs démocratiques et les principes éthiques.

Élaboré sur la base de recherches approfondies, ce modèle organise les applications de l'IA parlementaire en trois domaines qui se recoupent :

  • Travaux législatifs : ce domaine regroupe les fonctions parlementaires essentielles, notamment la rédaction de projets de loi, la préparation des commissions et l'organisation des débats. Les applications de l'IA vont de l'automatisation de la recherche juridique à la génération de documents d'information.
  • Services d'assistance : ce domaine englobe les unités de recherche, de bibliothèque, de traduction et d'infrastructures techniques. Ces services bénéficient considérablement de l'IA, qu'il s'agisse d'analyse contextuelle, d'assistance multilingue ou de capacités de synthèse de l'information.
  • Administration interne : ce domaine comprend les ressources humaines, la passation des marchés publics, l'assistance informatique et les fonctions de conformité de l'institution. L'IA rationalise ici les flux des travaux de routine, améliore les systèmes d'aide à la décision et optimise les processus d'affectation des ressources.

Mr. Martin Kamprath, coordonnateur IA au Bundestag, considère que ce cadre est “innovant et pratique”. Sa force réside dans son articulation centrale, les applications d'IA interdépartementales pouvant simultanément servir plusieurs fonctions puisque le traitement des textes, la recherche d'informations et les outils d'analyse profitent à pratiquement toutes les activités parlementaires. Cela permet aux parlements de réaliser des économies d'échelle et développer des opportunités de formation commune. Grâce à ce cadre, il est possible de coordonner le développement de la stratégie et l'optimisation des ressources, tout en réduisant les risques liés au développement par chaque service de ses propres solutions.

Travaillant dans le cadre des structures organisationnelles existantes, les services collaborent pour définir leurs tâches et processus spécifiques. Les outils de collaboration numériques permettent aux équipes d'identifier les applications concrètes de l'IA au niveau des tâches, là où s'effectue la mise en œuvre. Cette approche participative garantit l'adhésion de l'ensemble du parlement, tout en préservant les connaissances institutionnelles et en respectant l'expertise des services. L'application de ce cadre a déjà permis au Bundestag d'identifier plus de 180 scénarios d'utilisation de l'IA développés de manière systématique.

Les parlements ne peuvent pas se permettre d'adopter l'IA de manière fragmentée sans un contrôle et une gouvernance adéquats. Le modèle d'IA Cloverleaf (en trèfle) constitue donc une solution précieuse pour d'autres parlements, grâce à une clarté stratégique et une structure de gouvernance permettant d'accompagner une intégration confiante et réfléchie de l'IA. Il transforme le potentiel abstrait de l'IA en feuilles de route opérationnelles pour les services, tout en garantissant la cohérence institutionnelle et l'adhésion aux valeurs démocratiques tout au long du processus de mise en œuvre.

Autres documents à consulter

Pour une présentation plus détaillée de la méthodologie et des conseils de mise en œuvre, voir : The AI Cloverleaf Model: Mapping AI Use Cases in Parliaments, de M. Martin Kamprath, coordonnateur et chercheur en IA au Bundestag.