Une nouvelle perspective sur la maturité de l’IA au Sénat espagnol
Lorsque le Sénat espagnol s’est lancé dans l’aventure de l’IA, il a pris de nombreuses mesures judicieuses. Il a élaboré des lignes directrices internes sur l’IA (inspirées des Lignes directrices de l’UIP pour l’IA dans les parlements), organisé un appel d’offres public pour sélectionner un partenaire en matière d’IA et investi dans du matériel informatique et des processeurs graphiques (GPU) sur site. Il a également mené à bien des projets allant de la transcription automatique des séances parlementaires à la recherche juridique assistée par l’IA. À bien des égards, le Sénat était en bonne voie pour une mise en œuvre réussie de l’IA. Pourtant, lorsqu’il a appliqué le Cadre de maturité de l’UIP pour l’IA dans les parlements, il a fait une découverte importante : les progrès réalisés dans un domaine peuvent masquer des lacunes importantes dans d’autres, lacunes qui passent inaperçues si l’on ne dispose pas d’une méthode structurée pour les déceler.
Poser les bonnes questions
L’équipe du service informatique du Sénat a constaté que l’avantage le plus évident du Cadre (aider une institution à évaluer le stade qu’elle a atteint et comment continuer à progresser) n’était qu’une partie de ce qu’il avait à offrir, sa valeur supplémentaire, moins évidente, consistant, pour reprendre les termes du Directeur informatique du Sénat, Manuel Pereira, à révéler "ce qui ne saute pas aux yeux".
En premier lieu, le Cadre a incité le Sénat à se poser des questions qu’il n’avait pas envisagées auparavant. L’évaluation structurée selon quatre dimensions (gouvernance, capacités techniques, capacités organisationnelles et impact démocratique) a imposé un examen plus complet que ne l’aurait permis un examen technologique unidimensionnel.
Ensuite, le Cadre a mis en évidence un élément qui n’étonnera pas les responsables informatiques des parlements : il confronté la haute direction au fait que l’adoption de l’IA n’est pas seulement un projet informatique. La culture organisationnelle, le facteur humain et les processus sont fondamentaux. Disposer d’un cadre parlementaire reconnu évaluant explicitement l’état de préparation de l’organisation et l’impact démocratique a donné à l’équipe informatique un outil crédible pour élargir le débat au-delà de l’achat d’une technologie.
Une maturité inégale selon les dimensions
L’évaluation initiale du Sénat a fait apparaître une tendance révélatrice. Le score le plus élevé obtenu par l’institution concernait sa capacité technique, ce qui n’était pas surprenant étant donné que l’initiative en matière d’IA était principalement le fait du département informatique. La gouvernance, en revanche, laissait à désirer, la gestion des risques étant particulièrement en retard. La capacité organisationnelle semblait en bonne voie dès le départ, des programmes de formation étant en cours et des champions de l’IA en train d’émerger, mais l’équipe n’avait pas encore établi de rôles de contrôle dédiés. L’impact démocratique était le domaine le moins développé, aucune évaluation systématique de la manière dont les applications d’IA pourraient améliorer l’accès des citoyens aux informations parlementaires et aucun mécanisme de surveillance des risques démocratiques n’ayant été prévus.
Ce déséquilibre correspond précisément à ce que met en évidence un cadre de maturité. Sans évaluation structurée, une institution pourrait raisonnablement supposer qu’un déploiement technique réussi équivaut à une préparation globale, alors même que la gouvernance et les garanties démocratiques nécessaires pour soutenir et étendre ce déploiement restent insuffisamment développées.
Enseignements concrets pour les parlements
L’expérience acquise par le Sénat grâce au Cadre de maturité offre aux autres parlements plusieurs enseignements :
- Le Cadre de maturité a mis en évidence des lacunes concrètes, telles que la gestion des risques et les indicateurs mesurables, auxquelles les procédures existantes n’avaient pas remédié.
- Il a fourni un outil utile non seulement pour l’exécution, mais aussi pour le plaidoyer en interne, contribuant à mobiliser l’ensemble de l’organisation autour de la gouvernance de l’IA.
- Il a démontré que les parlements du monde entier suivent un parcours comparable, ce qui constitue un point de référence commun pour l’apprentissage entre pairs et la collaboration.
- Le Cadre de maturité doit être adapté par chaque parlement à sa propre situation et à ses propres besoins ; il n’existe pas de solution miracle pour atteindre la maturité en matière d’IA.
Comme l’a dit M. Pereira, "la technologie n’est rien d’autre qu’un outil pour transformer l’organisation". Le Cadre de maturité de l’UIP pour l’IA dans les parlements contribue à garantir que cette transformation soit réfléchie, pondérée et fondée sur des principes démocratiques.