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Étude de cas

De la levée de fonds à la vice-présidence, pourquoi 2020 a représenté un tournant pour les femmes sur la scène politique américaine ?

Kamala Harris

© Michael Reynolds/ AFP

L'année 2020 a marqué une étape importante pour la place des femmes dans la vie politique américaine. Jamais le nombre de femmes siégeant au Congrès ou détenant un poste dans l'exécutif n'a été aussi important.

C'est la confirmation de la tendance observée aux élections de mi-mandat en 2018, les femmes occupant maintenant 26,9 pour cent des sièges au Congrès. Il s'agit d'une augmentation de 50 pour cent sur les 10 dernières années, mais le pouvoir législatif américain est encore loin de la parité hommes-femmes, voire même d'atteindre la moyenne régionale de 32,4 pour cent constatée sur le continent américain.

Au cours des deux prochaines années, les femmes vont occuper 119 des 435 sièges de la chambre basse, la Chambre des représentants. Cela dépasse le précédent niveau record de 102 sièges, en 2019, et fait passer les États-Unis de la 82e à la 67e place au classement de l'UIP basé sur le pourcentage de femmes dans les parlements nationaux.

Parmi ces femmes parlementaires, on compte 89 démocrates et 30 républicaines. Quarante pour cent de ce total, soit 48 parlementaires, sont des femmes de couleur, soit quatre de plus que précédemment. Parmi ces femmes de couleur, on dénombre 43 démocrates et cinq républicaines. En outre, quatre parlementaires sans droit de vote sont des femmes de couleur qui représentent le district fédéral de Columbia, Porto Rico, les Samoa américaines et les îles Vierges.

Au Sénat, qui est la chambre haute, 24 sièges sur 100 sont actuellement occupés par des femmes : 16 démocrates et huit républicaines. Trois de ces sénatrices sont des femmes de couleur, toutes démocrates.

Un clivage entre les partis

Ces chiffres montrent l'existence d'un déséquilibre entre les sexes en fonction des camps politiques. On compte à la Chambre des représentants quasiment trois fois plus de femmes démocrates que républicaines et deux fois plus au Sénat. Ce clivage entre les partis a évolué au fil du temps. Jusqu'à la fin des années 1920, les femmes élues à la Chambre des représentants, une douzaine, étaient majoritairement républicaines mais, dans les décennies qui ont suivi, cela s'est équilibré entre les deux partis. L'écart s'est toutefois creusé dans les années 1970 et s'est figé par la suite. Sur les 232 femmes élues à la Chambre des représentants depuis 1992, 157 (68 pour cent) sont démocrates. Au Sénat, 27 des 42 femmes (64 pour cent) ayant occupé un siège sur cette même période sont démocrates.

On constate également une inégalité en fonction des partis pour les femmes de couleur, le chiffre du Parti républicain n'étant qu'un dixième environ de celui du Parti démocrate. Les femmes républicaines ont plus de difficultés à accéder à des réseaux sociaux, de recrutement et de levée de fonds comparables aux réseaux qui soutiennent les candidates démocrates. Le Parti républicain a toutefois récemment créé plusieurs dispositifs de levée de fonds pour les femmes, notamment l’Elevate Political Action Committee (E-PAC) et le super PAC Winning for Women.

L'ascension de Kamala Harris

Le 20 janvier 2021, Kamala Harris a prêté serment comme première Vice-Présidente des États-Unis, plus haut rang jamais atteint par une femme dans l'histoire de ce pays et première afro-américaine et asio-américaine à exercer cette responsabilité. Membre du Parti démocrate, elle a été sénatrice pour la Californie de 2017 à 2021. Après son élection à la vice-présidence, elle a dû démissionner de son siège au Sénat, soit l'un des deux sièges perdus sur le total record de 26 sénatrices l'année dernière. Toutefois, comme la Vice-Présidente a le pouvoir de faire basculer le vote au Sénat, puisqu'il est actuellement partagé à 50-50 entre démocrates et républicains, sa nouvelle fonction la place dans une position encore plus déterminante.

La Présidente Nancy Pelosi conforte son pouvoir

La démocrate Nancy Pelosi est la doyenne de la délégation californienne au Congrès. En 2021, elle a entamé son 18e mandat consécutif de deux ans ans depuis sa première élection en 1987. Première femme à diriger un parti au Congrès, Nancy Pelosi est à la tête des démocrates à la Chambre des représentants depuis 2003, où elle a officié à deux reprises comme chef de l'opposition (2003 à 2007 et 2011 à 2019) et en tant que Présidente (2007 à 2011 et depuis 2019). Nancy Pelosi est la seule femme de l'histoire des États-Unis à occuper le poste de Présidente de la Chambre des représentants et, jusqu'à l'élection de Kamala Harris à la vice-présidence, qui est ainsi devenue Présidente du Sénat, elle a été, pendant 18 ans, la femme parlementaire la plus puissante aux États-Unis, de 2003 à 2021.

Le Squad s'élargit

Le Squad est un groupe qui exerce actuellement une grande influence sur la scène politique américaine. Initialement élu à la Chambre des représentants en 2018, le Squad a tout d'abord été composé d’Alexandria Ocasio-Cortez de New York, Ilhan Omar du Minnesota, Ayanna Pressley du Massachusetts et Rashida Tlaib du Michigan.

En 2020, chacune de ces quatre femmes s'est facilement fait réélire en mobilisant plus de 60 pour cent des votes. En 2020, le Squad est passé à six membres, avec notamment un homme, grâce à l'élection de deux autres personnes de couleur prônant des idées progressistes similaires : Jamaal Bowman de New York et Cori Bush du Missouri. M. Bowman comme Mme Bush ont reconnu que le Squad avait été une source d'inspiration pour leur candidature.

Avec une moyenne de 41 ans, soit plus de 15 ans de moins que la moyenne globale de la Chambre des représentants, qui est de 57 ans, le Squad est un groupe orienté vers les réseaux sociaux, qui représente la diversité démographique de la jeune génération politique et qui promeut des politiques, comme la Nouvelle donne écologique, parfois à contre-courant des orientations du Parti démocrate.

Pour en savoir plus sur Les femmes au parlement : 2020.