Journée internationale du parlementarisme 2018: Les démocraties parlementaires sont-elles en danger ?

Journée internationale du parlementarisme 2018: Les démocraties parlementaires sont-elles en danger ?

Les données de l'UIP sur les parlements révèlent une image contrastée à l'occasion de la première Journée internationale du parlementarisme, qui aura lieu le 30 juin.

Cette date a été choisie par l'Assemblée générale des Nations Unies dans sa résolution 72/278, car elle coïncide avec le jour de la création de l'UIP, l'organisation mondiale des parlements, en 1889.

Qu'est-ce que la Journée internationale du parlementarisme ? C'est une occasion de fêter le parlement en tant que pilier de la démocratie et institution vouée à améliorer la vie des peuples qu'elle représente.

C'est aussi le moment rêvé pour dresser un bilan de la situation des parlements en 2018, aussi bien du point de vue des progrès accomplis que des défis qui restent à relever. Le monde, en proie à de nombreuses difficultés (qui vont des changements climatiques aux déplacements massifs de population, en passant par la recrudescence du populisme et de l'autocratie), a plus besoin que jamais de ses parlements.

Depuis sa perspective mondiale unique sur les parlements et grâce à la relation privilégiée qu'elle entretient avec eux, l'UIP lance l'alerte sur un certain nombre de points. Les démocraties parlementaires sont-elles en danger ? Comment protéger les droits de l'homme dans les pays dans lesquels ils sont menacés, voire tout bonnement violés ? Comment les parlements peuvent-ils mieux représenter les femmes et les jeunes ? Comment les parlements peuvent-ils conserver la confiance du peuple ? Comment les parlements peuvent-ils se développer pour relever les défis du monde d'aujourd'hui ?

Nous tentons sur cette page d'apporter notre éclairage sur certaines de ces questions grâce aux données de l'UIP, ainsi qu'à des entretiens d'une minute avec des parlementaires de premier plan.

Nous relatons également des exemples de réussite en citant le cas de parlements qui mènent des auto-évaluations critiques, qui s'adaptent aux nouvelles technologiques et qui s'engagent pour mieux représenter les citoyens et être à la hauteur de leurs attentes.

En savoir plus sur les parlementaires et les droits de l'homme ; les femmes en politique ; la représentation des jeunes ; et la situation actuelle des parlementsRegarder des entretiens vidéo avec des parlementaires de premier plan. Suivre la conversation Twitter : #JourneeMondialedesParlements.

          
Le nombre de cas de violations des droits des parlementaires est en hausse

Le Comité des droits de l'homme des parlementaires de l'UIP est actuellement saisi de plus de 550 dossiers de parlementaires de 40 pays, ce qui constitue l'un des chiffres les plus élevés jamais enregistrés. La majeure partie de ces cas se situent dans les Amériques et en Asie. Une large majorité d'entre eux (75 %) concernent des parlementaires de l'opposition et environ 20 % des femmes parlementaires. Parmi les violations les plus courantes, citons le non-respect du droit à un procès équitable, la suspension des fonctions parlementaire ou la détention arbitraire.

Toutefois, certaines nouvelles sont bonnes. Dato Seri Anwar Ibrahim, ancien Vice-Premier Ministre de la Malaisie, a été libéré de prison en mai cette année après avoir obtenu la grâce royale. Le Comité des droits de l'homme des parlementaires de l'UIP, qui défendait M. Anwar depuis les années 90, n'avait cessé d'affirmer qu'il était victime d'un procès injuste et avait exercé pendant des années de fortes pressions en faveur de sa libération.

   
La participation politique des femmes stagne, voire régresse, dans certaines régions

L'UIP est engagée depuis plusieurs dizaines d'années en faveur de la parité en politique, en plaidant par exemple en faveur de l'instauration de quotas de 30 % de femmes parlementaires au moins, voire 50 %, en fonction de la situation de départ.

De façon générale, la proportion moyenne de femmes parlementaires a progressé, passant de 17 % en 2007 à plus de 23 % aujourd'hui. Le groupe des 10 pays comptant le plus grand nombre de femmes parlementaires s'est aussi diversifié au cours de ces 10 dernières années. Des pays d'Afrique sub-saharienne et des Amériques ont désormais rejoint ce groupe, dominé par les pays européens en 1998.

Toutefois, cette tendance a récemment enregistré un fléchissement. Au rythme actuel, il faudra encore 250 ans au moins avant d'atteindre la parité au parlement.

  • Pour la seconde année d'affilée, le pourcentage de femmes parlementaires a à peine augmenté, passant de 23,3 % en 2016 à 23,4 % en 2017. Avant 2016, le rythme des progrès était de 0,6 %. En 2017, toutefois, il n'était plus que de 0,1 %. 
  • Le pourcentage de femmes chefs d'Etat a atteint 7,2 % en 2017, soit une légère hausse par rapport aux 6,6 % de 2015.
  • Cependant, le nombre de femmes chefs de gouvernement a, pour sa part, diminué, passant de 7,3 % en 2015 à 5,7 % en 2017.
  • Une étude menée en 2016 par l'UIP[1] a conclu que 82 % des femmes parlementaires avaient été victimes de violences psychologiques sous une forme ou une autre.

Les parlements, souvent avec l'aide de l'UIP, montent au créneau. Les forums de femmes parlementaires se sont révélés des mécanismes utiles pour consulter les femmes et intégrer leurs besoins dans le travail du parlement. Le soutien que l'UIP offre depuis 2015 aux forums de femmes parlementaires commence à porter des fruits concrets. En 2017, par exemple, le forum des femmes parlementaires mauricien a pu, grâce à l'aide de l'UIP, sillonner le pays pour consulter les femmes et les filles, notamment dans les zones rurales. A la suite de ces consultations, les parlementaires des deux sexes ont pu se faire le relais au parlement des besoins socio-économiques des femmes et des filles vivant en milieu rural et en tenir compte.

    
Les jeunes continuent à être exclus des processus politiques influant sur leur avenir

Les jeunes restent eux aussi fortement sous-représentés dans la prise de décision politique.

  • Alors que 51 % de la population mondiale a moins de 30 ans, moins de 2 % seulement des parlementaires dans le monde appartiennent à cette classe d'âge.
  • Presqu'un tiers des chambres uniques et basses du monde ne comptent aucun parlementaire de moins de 30 ans.
  • Les jeunes femmes sont les moins bien représentées de tous, parce que ce sont des femmes et qu'elles sont jeunes.
  • La désaffection politique des jeunes est aussi inquiétante. Les jeunes de 25 ans et moins se déplacent bien moins volontiers pour voter que ceux de 26 ans et plus. Les recherches récentes sur la participation électorale menées par l'Institut international pour la démocratie et l'assistance électorale révèlent que 33 % des électeurs de moins de 25 ans n'ont jamais voté.

Certains pays prennent cependant des mesures pour impliquer davantage les jeunes. En mai de cette année par exemple, le Président nigérian Muhammadu Buhari a signé une loi historique intitulée Not Too Young to Run, abaissant l'âge auquel les Nigérians peuvent se présenter aux élections et occuper des fonctions gouvernementales.

Ce texte a été parrainé par un jeune parlementaire, Raphael Igbokwe, ancien membre du Forum des jeunes parlementaires de l'UIP et Président du Forum nigérian des jeunes parlementaires. 

     
La confiance à l'égard des institutions s'érode

La confiance des citoyens à l'égard des institutions politiques (dont le parlement) s'est ressentie, ces dernières décennies, des scandales de grande ampleur, des allégations de corruption, ainsi que des autres comportements inacceptables de certains élus dans le monde.

  • D'après l'indice démocratique 2016 de l'entreprise Economist Intelligence Unit, la démocratie a stagné, voire régressé entre 2006 et 2016. La quasi-totalité des 176 pays composant l'indice démocratique ont enregistré un déclin général.

Pour de plus amples informations, veuillez consulter le Rapport parlementaire mondial 2017 que l'UIP a publié en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le développement.


Les parlements se mobilisent

Ces 10 dernières années, les demandes d'assistance technique présentées à l'UIP ont plus que doublé et les parlements sont de plus en plus nombreux à réclamer de l'aide pour relever ces défis. Les Principes communs en matière d'assistance aux parlements, élaborés par l'UIP en collaboration avec des partenaires et fruit de plus de quarante années d'expérience du développement parlementaire, donnent des orientations à ceux qui reçoivent ou proposent de l'assistance aux parlements. Ces lignes directrices ont vocation à améliorer la qualité de l'appui offert et à inciter les parlements du monde entier à collaborer plus efficacement les uns avec les autres.

Pour l'instant, 122 parlements et organisations partenaires ont adhéré aux Principes communs.


Regarder des entretiens vidéo d'1 minute avec des parlementaires de premier plan ici.

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[1] En octobre, l'UIP publiera, en partenariat avec l'Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, une nouvelle étude plus approfondie, intitulée "Etude régionale sur le sexisme, le harcèlement et la violence à l'égard des femmes dans les parlements d'Europe".