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Le Parlement indien mise sur la diversité linguistique 

De M. Sujeet Kumar, membre du Conseil des États en Inde

L'inclusion dès la conception

On dit souvent que la traduction fait perdre une partie du sens. Pourtant, le jour où, dans l'hémicycle, j'ai prêté serment en odia, ma langue maternelle, j'ai apporté du sens à ma vie. Ce n’était pas seulement un moment personnel, c’était un hommage à toutes les personnes de l’Odisha qui avaient confié à l’un de leurs représentants le soin de porter leur voix au sein de cette assemblée. Puis, les uns après les autres, d’autres parlementaires ont prêté serment en kannada, en tamoul, en bengali, en marathi. Chaque serment était un acte, modeste mais profondément symbolique, d’appartenance.

Ce qui a rendu cela possible, c'est l'infrastructure qui fonctionne en coulisses. Le Parlement indien a mis en place un service d'interprétation simultanée pour l'ensemble des 22 langues officielles du pays, garantissant ainsi que chaque serment, chaque débat et chaque intervention enregistrée est compris et consigné dans le procès-verbal officiel.

Tel est le principe moteur qui sous-tend le programme du pays en matière d'IA parlementaire : l'inclusion linguistique en tant qu'infrastructure publique numérique — comparable en termes d'ambition, à défaut d'être encore à la même échelle, à l'Interface de paiement unifiée (UPI), plateforme de paiement traitant 650 millions de transactions par jour environ, ou à Aadhaar, système d'identité biométrique couvrant l'ensemble de la population.

La couche d'IA

Le Parlement indien compte parmi les organes législatifs les plus diversifiés sur le plan linguistique au monde. Les documents parlementaires n'étaient historiquement disponibles qu'en hindi ou en anglais ; l'IA a changé la donne. Le Secrétariat publie désormais les documents de l'ordre du jour quotidien en 12 langues, accessibles en temps réel via le portail Digital Sansad.

Pour les parlementaires et les ministres, l'IA sert d'outil de recherche, passant au crible des milliers de documents afin de mettre en évidence les faits les plus pertinents pour un débat. Pour les ministres appelés à répondre aux questions parlementaires, le système synthétise des rapports ministériels complexes en notes d'information étayées par des données, renforçant ainsi le principe de redevabilité de l'exécutif vis-à-vis du parlement, principe central du modèle parlementaire indien.

L'infrastructure de traduction repose sur Bhashini, plateforme linguistique fondée sur l'IA et développée par le Ministère de l'électronique et des technologies de l'information, qui permet un accès multilingue en temps réel à l'ensemble des travaux parlementaires. Elle est complétée par AI Kosh, ensemble de données spécialisé entraîné sur le corpus des discours et débats parlementaires indiens afin d'améliorer progressivement la précision des traductions dans le langage législatif.

En collaboration avec la plateforme Bhashini, le Secrétariat a mis au point un système de transcription intégrale des débats reposant sur l’IA, qui sera utilisé parallèlement aux méthodes traditionnelles de compte rendu à compter de la prochaine session parlementaire. Le Secrétariat et le Ministère de l’électronique et des technologies de l’information ont également signé un protocole d’accord en vue du lancement de Sansad Bhashini, qui donnera aux parlementaires, aux chercheurs et à la population un accès multilingue aux archives des débats parlementaires et aux autres documents parlementaires.

Vers la dématérialisation des travaux 

Grâce à l’application Sansad et à un tableau de bord intégré fondé sur l’IA, le nouveau bâtiment du parlement s’inscrit dans une démarche de dématérialisation, permettant aux parlementaires d’accéder, en temps réel et dans plusieurs langues, aux débats, aux bibliothèques numériques et aux outils d’appui à leur travail dans leur circonscription. Cet écosystème numérique couvre tous les aspects de l’activité parlementaire, des calendriers des travaux aux visites guidées par les parlementaires, en regroupant les ressources parlementaires au sein d’une plateforme multilingue unique.

Concrètement, ces développements signifient que les voix des citoyens de toutes origines linguistiques ne sont pas seulement entendues en séance plénière, mais qu'elles sont également enregistrées, archivées et rendues accessibles. À mesure que le système gagnera en maturité, Sansad Bhashini a le potentiel de redéfinir la participation à la démocratie indienne, en renforçant le principe selon lequel la représentation démocratique ne se résume pas au droit de vote, mais englobe également le droit d'être compris.