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Communiqués de presse

Mouvement #MeToo : les parlements européens affichent des niveaux alarmants d'abus et de violence sexuels

© Michal Fludra/NurPhoto

© Michal Fludra/NurPhoto

Une nouvelle étude menée conjointement par l'Union interparlementaire (UIP) et l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) révèle que les actes de sexisme, d'abus et de violence à l'encontre des femmes sont monnaie courante dans les parlements partout en Europe. Les conclusions de l'étude mettent en évidence que 85 pour cent des femmes parlementaires ont été victimes de violence psychologique au sein des parlements ; que les femmes parlementaires de moins de 40 ans sont plus susceptibles d'être harcelées ; que le personnel parlementaire féminin subit plus de violence sexiste que les femmes parlementaires ; et que la majorité des parlements ne disposent pas de mécanismes pour permettre aux femmes de signaler ces faits.

L'étude conjointe UIP/APCE repose sur des entretiens approfondis avec 123 femmes de 45 pays européens. Parmi celles-ci, 81 étaient des parlementaires et 42 faisaient partie du personnel parlementaire. Ce rapport fait le point sur la situation et confirme les résultats de l'étude marquante de l'UIP de 2016, qui a révélé la généralisation du harcèlement à l'encontre des femmes dans les parlements. Ce nouveau rapport est le premier d'une série d'études régionales de l'UIP qui aideront à dresser un tableau global du sexisme, du harcèlement et de la violence contre les femmes dans les parlements.

Gabriela Cuevas, Présidente de l'UIP, a déclaré : "Notre étude a permis d’établir que les actes de sexisme, de maltraitance et de violence à l’égard des femmes sont courants dans les parlements d’Europe, et que pour venir à bout de ce phénomène, il faut promouvoir une mentalité sensible au genre et mettre en œuvre des mécanismes institutionnels efficaces qui permettent aux femmes de faire entendre leur voix. Le harcèlement n’est pas seulement une violation grave des droits des femmes, c’est aussi un obstacle à la démocratie. Nous devons être conscients de l’effet pervers que ce type de comportement peut avoir sur la liberté d’action des femmes parlementaires, pas seulement en Europe mais aussi dans d’autres régions du monde."

Liliane Maury Pasquier, Présidente de l'APCE, a souligné : "Hélas cette étude reflète une triste réalité. #MeToo n’épargne pas le monde politique. Tant que l’inégalité entre les femmes et les hommes persiste, aucune femme n’est à l’abri de la violence et du harcèlement. Mais nous avons un levier, qui peut faire de nous, femmes et hommes politiques, des actrices et acteurs du changement : La Convention d’Istanbul – un instrument juridique pour prévenir, protéger, poursuivre en justice et surtout pour briser les schémas sexistes."

Martin Chungong, Secrétaire général de l'UIP et Champion international de l'égalité des sexes, a pour sa part déclaré : "Nous ne devons tolérer aucune forme de harcèlement sexuel dans l'institution fondamentale de la démocratie. Il est de la responsabilité de tous les parlementaires, hommes et femmes, de prendre des mesures urgentes pour mettre en place des mécanismes visant à protéger toutes les femmes qui y travaillent et à devenir plus sensibles à la problématique du genre."  

Parmi les femmes interrogées, 47 pour cent ont déclaré avoir reçu des menaces de mort, de viol ou de violence corporelle, 68 pour cent ont été la cible de commentaires sexistes concernant leur apparence physique et les stéréotypes sexistes liés à leurs rôles, et 25 pour cent ont dit avoir subi des violences sexuelles.

Les réseaux sociaux restent le principal vecteur de menaces et de harcèlement, 58 pour cent d'entre elles affirmant avoir été la cible d'attaques sexistes en ligne sur les réseaux sociaux. 

Par ailleurs, les femmes parlementaires européennes actives dans la lutte contre l'inégalité entre les sexes et la violence à l'égard des femmes ont souvent fait l'objet d'attaques.  

L'étude UIP/APCE montre qu'être une jeune femme parlementaire est un facteur aggravant. Les femmes parlementaires de moins de 40 ans sont davantage la cible de certaines formes de violence. Parmi ces femmes, 76 pour cent avaient subi des traitements dégradants et des injures dans les médias et les réseaux sociaux (18 % de plus que l'ensemble des femmes parlementaires interrogées) ; et 36 pour cent avaient été victimes de harcèlement sexuel (12 pour cent de plus que l'ensemble des femmes parlementaires interrogées). Les auteurs de ces actes étaient soit des opposants politiques, soit des collègues de leur propre parti, soit des citoyens ordinaires.

L'étude UIP/APCE révèle  également que ce ne sont pas seulement les femmes parlementaires qui sont victimes de violence et de mauvais traitements, mais aussi le personnel parlementaire féminin en Europe. Environ 40,5 pour cent des femmes fonctionnaires parlementaires interrogées ont déclaré avoir subi des actes de violence sexuelle dans le cadre de leur travail (contre 25 % pour les femmes parlementaires), ce qui indique qu'elles sont plus vulnérables que les femmes parlementaires et que les relations de pouvoir jouent également un rôle. Dans 69 pour cent des cas, les auteurs étaient des parlementaires masculins.

Une personne interrogée a expliqué en détail ce qui était arrivé à une de ses collègues. "Un parlementaire harcelait une assistante. Lors d'un voyage d'affaires, il a essayé de s'introduire de force dans sa chambre. Il lui envoyait des messages à connotation sexuelle et menaçait de la renvoyer si elle ne cédait pas à ses avances. Elle a eu beau le dénoncer, mais c'est elle qui a dû démissionner, alors que lui gardait son emploi. Et en plus, il est toujours parlementaire."

L'étude a révélé que peu de femmes s'élèvent contre les mauvais traitements. Seules 23,5 pour cent des femmes parlementaires et 6 pour cent des femmes membres du personnel parlementaire qui ont été victimes de harcèlement sexuel ont signalé l'incident. Plusieurs des personnes interrogées ont déploré le fait qu'il n'existe aucun mécanisme au sein de leur parlement pour signaler les cas de harcèlement ou de violence.

Enfin, le rapport UIP/APCE contient un certain nombre de mesures concrètes pour lutter contre le sexisme et la violence à l'égard des femmes dans les parlements. Il s'agit notamment de faire passer le message clairement que les comportements sexistes, le harcèlement et la violence sexiste au parlement sont totalement inacceptables, de mettre en place un mécanisme confidentiel de dépôt de plainte et d'enquête, et d'imposer des sanctions disciplinaires aux auteurs.


L'UIP est l'organisation mondiale des parlements nationaux. Nous travaillons avec les parlements pour sauvegarder la paix et favoriser un changement démocratique positif par le dialogue politique et l'action concrète.

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